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La bronchite vermineuse chez les bovins

Actualité12/06/2019SantéBovins viande, Bovins lait

La bronchite vermineuse est une affection parasitaire due à un strongle présent au stade adulte dans les voies respiratoires, Dictyocaulus viviparus : on parle de dictyocaulose.

Chez les jeunes bovins, l’usage de traitements rémanents en cours de saison de pâture a fait reculer le risque pour ces générations et de nos jours, la dictyocaulose est principalement une toux d’été observée chez les adultes. L’intensité des troubles cliniques croît généralement avec l’intensification de la conduite au pâturage. Les troupeaux sont souvent infestés de façon pérenne (endémique) et parfois après introduction récente du parasite (par achat de bovins ou contamination de voisinage).

Comme pour les autres strongyloses, le cycle parasitaire inclut une phase extérieure (sur la pâture), très dépendante des conditions météorologiques et une phase interne, au cours de laquelle les vers adultes vont pondre et être responsables des signes cliniques.

 

Importance économique et situation sur le terrain

 

Ces dernières années, la dictyocaulose semble s’étendre géographiquement et s’avère parfois difficile à contrôler en raison de son caractère imprévisible et d’une prise en charge tardive car essentiellement curative. Ainsi, les traitements interviennent à un moment où la pâture est déjà fortement infestée. Caractérisées par une forte saisonnalité, les formes cliniques s’échelonnent sur une période qui s’est peu à peu allongée au fil des décennies : de nos jours, de juin à octobre-novembre.

 

Les pertes économiques sont significatives : baisse de production laitière, séquelles de bronchite chronique, pneumonies avec complications infectieuses, perte de poids, mort. Dans le même temps, en dépit de traitements rémanents (avec un endectocide), il est possible d’observer plusieurs épisodes de toux pendant une même saison de pâture. Ces récidives s’expliquent par une pression parasitaire forte à partir de la parcelle.

 

Remarque : Les cervidés peuvent héberger le dictyocaule des bovins mais leur rôle dans l’infestation des bovins n’est pas avéré (le parasite est relativement spécifique d’espèce).

 

Infestation et immunité

 

Dans le milieu extérieur, le dictyocaule est sensible au gel et après l’hiver, la contamination résiduelle d’une pâture est suffisamment faible pour éviter les signes cliniques tout en pouvant initier une infestation. La source majeure d’infestation est finalement constituée par des individus antérieurement infestés et sans symptôme : les porteurs latents. Certains auteurs ont estimé à 5-10% la part possible de porteurs latents dans un troupeau. Ces individus sont à l’origine d’une contamination rapide et massive des pâtures, rendue possible par l’extraordinaire prolificité du parasite (3000 à 25000 œufs pondus / j). Les primipares, pas encore immunisées, jouent un rôle prépondérant dans le recyclage et l’amplification de la charge parasitaire.

Lors d’infestation modérée, l’immunité peut être suffisante pour éviter l’apparition de symptômes. Cependant, il existe une très grande variabilité entre individus et cette immunité peut être dépassée par de fortes ré-infestations.

 

Diagnostic de certitude recommandé avant traitement

 

Préalablement à tout traitement, un diagnostic de certitude est nécessaire. Chez l’animal vivant, le diagnostic de routine repose sur la mise en évidence des larves L1 dans les bouses (coproscopies). En raison de sa faible sensibilité, le test doit être utilisé à l’échelle du troupeau avec plusieurs prélèvements faits sur les individus les plus à même d’excréter le parasite :

  • Primipares car moins bien immunisées,
  • Individus présentant des signes de toux,
  • Vaches fraichement vêlées, présentant une immunité diminuée.

 

Les bouses doivent être prélevées directement dans le rectum, conservées sous froid positif (glacière / réfrigérateur) et transportées au laboratoire de suite pour une analyse dans les 12 h. Les analyses peuvent être individuelles ou de mélange (plusieurs mélanges de 5 vaches en différenciant primipares et multipares).

 

Le diagnostic par coproscopies se heurte à certaines difficultés, à l’origine de résultats faussement négatifs :

  • Inconstance de l’excrétion ou faible niveau d’excrétion chez des animaux immunisés
  • Prélèvements réalisés en dehors de la période de ponte (période pré-patente entre 1-25 jours post-infestation, période post-patente entre 60-90 jours post-infestation)

 

Il est indispensable de réitérer, en cas de doutes, les analyses de confirmation.

 

Les épisodes de toux au pâturage ne sont pas toujours dus à la bronchite vermineuse. Ils peuvent être d’origine infectieuse (ehrlichiose responsable de toux d’été dans un milieu propice aux tiques, pasteurelles, virus RS etc.) ou allergique et parfois ces causes sont concomitantes d’une bronchite vermineuse.

 

Aujourd’hui, une gestion essentiellement curative…

 

Les individus atteints de bronchite vermineuse doivent être traités de façon précoce au risque de voir une exacerbation des troubles. Dans la mesure du possible, il faut transférer les bovins traités sur une pâture saine ou les ramener en bâtiment dans le cas des petites génisses. Les traitements curatifs, en laissant les animaux sur des pâtures très contaminées, sont souvent à l’origine de récidives cliniques.

 

Des études sont dorénavant menées afin de valider des protocoles de traitement sur une partie du troupeau seulement : traitement dit sélectif (individus recycleurs et potentiellement excréteurs comme les primipares). Les traitements sélectifs sont recommandés pour ne pas favoriser l’apparition de résistances aux molécules anthelminthiques et contribuent à réduire le coût des traitements. Le succès du traitement sélectif dépend beaucoup de la précocité du diagnostic clinique et de laboratoire.

 

Demain, des outils diagnostiques pour anticiper le risque ?

 

Des études ont porté sur des tests anticorps répétés (jusqu’à 2 fois par mois en période à risque), utilisant le lait de tank ou des laits individuels. Le monitoring sérologique pourrait constituer à l’avenir un outil prédictif du risque parasitaire.

 

Les comptages larvaires sur les pâtures bien qu’informatifs sur le risque patent, constituent une méthode encore trop lourde à mettre en œuvre.

 

Les primipares présentes dans le troupeau depuis au moins 2 mois constituent d’excellentes sentinelles pour identifier précocement une infestation et un risque clinique. Au cours de la période à risque (juillet-octobre), une coproscopie de mélange positive, réalisée à partir de 10 primipares, est bien corrélée à un risque clinique.

 

L’absence d’outils de suivi utilisables en routine impose encore la nécessité d’un diagnostic coproscopique précoce dans le but de limiter le nombre de générations parasitaires.

 

Points de vigilance et mesures préventives

 

Pour un troupeau exempt de bronchite vermineuse (troupeau naïf) :

  • Lors d’achat, se renseigner sur le statut des troupeaux vendeurs. Le cas échéant, quarantaine et traitement des bovins entrants
  • En cas d’utilisation de nouvelles prairies, être vigilant sur leur caractère potentiellement infesté par des larves L3
  • Remarque : possibilité de contamination entre parcelles voisines suite à l’éjection de larves infestantes au moment de la sporulation du champignon Pilobolus (champignon se développant à la surface des bouses).

 

Pour un troupeau infesté de façon endémique :

  • Réduction du chargement à l’hectare
  • Eviter la succession de générations de bovins sur les mêmes prairies et en particulier le déprimage par des adultes des parcelles destinées aux jeunes
  • Si les parcelles sont contaminées, programmer une sortie après juillet pour les générations les plus jeunes
  • Dans les troupeaux régulièrement atteints, un traitement précoce, au plus tard 3 semaines après la mise à l’herbe, est une solution qui a été proposée pour limiter le recyclage parasitaire et la pression d’infestation sur les pâtures (risques faisant suite à des printemps humides).

 

 

N’hésitez pas à contacter un vétérinaire pour évoquer le risque lié à la bronchite vermineuse.

 

 

Rédacteurs :

Jean-Luc Jobert (Départements 53-72)

Elsa Gueguen (Départements 44-49-85-17)

Vétérinaires Conseil Seenovia

Date de création : 24 mai 2019

 

 

 

 

 

 

 

Vers adultes de dictyocaule dans une bronche

(Photo Mark Astley, 2016, Farmer Weekly)

Champignon Pilobolus à la surface d’une bouse (D’après Université de Cornell, 2007)

Toux asthmatiforme (Source MSD)

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