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Les principales lésions du pied des bovins

Actualité15/04/2020

En 2016 un atlas complet des lésions des pieds des bovins (1) a été publié par le projet ICAR (International Committee

for Animal Recording) avec le concours de spécialistes de 17 pays, dont la France. Cet atlas ne répertorie pas moins de

42 lésions différentes. Et pour chacune de ces lésions on peut avoir plusieurs niveaux de gravité reconnus. C’est assez

complexe. Cependant certaines lésions sont plus fréquentes d’autres et peuvent attribuées à quelques maladies bien

identifiées. Je vous propose de suivre la classification en 5 maladies suggérée par M. DELACROIX et illustrée sur l’excellent

site « Boiteries des bovins » (2).

La fourbure ou pododermatite aseptique diffuse

 

Même si récemment la notion d’acidose est remise en cause, on parle toujours de fourbure chronique, ou subaiguë, quand on trouve les lésions suivantes : onglons allongés en ski, corne jaunâtre, trop molle voire friable, concavité et/ou cerclage de la muraille, taches de sang dans la corne (bleimes), ouvertures de ligne, ulcères, cerises… Le pododerme qui fabrique la corne est inflammé et travaille mal. Il n’y a pas d’infection, et comme c’est métabolique les quatre pieds peuvent être touchés. A l’arrière les onglons externes sont plus douloureux, à l’avant ce sont les internes. Les vaches atteintes ont donc tendance à croiser les pattes avants et écarter les pattes arrières pour appuyer là où ça fait moins mal.


L’amaigrissement des vaches est un facteur de risque important. Elles ont un coussinet de graisse sous l’os du pied qui amorti les chocs. Quand ce coussinet s’aminci, le risque de blessure augmente par écrasement du pododerme, entre l’os et la corne de la sole, au point quatre (3). D’abord une bleime apparait, il y a eu hémorragie. Puis un ulcère, quand ça perce. Enfin une cerise, c’est du tissu cicatriciel qui tente de « boucher le trou ». Le parage est nécessaire. Mais attention, lorsque la vache fait de la fourbure, parfois tous les onglons sont rouges et on ne pas poser de talonnette car la corne n’est plus d‘assez bonne qualité. On risque la formation d’un abcès sous la talonnette. En prévention, il faut surveiller la ration. Le TB est un bon indicateur. Il ne doit être ni trop haut ni trop bas par rapport au TP. Par exemple, une vache Prim’Holstein commence à risquer la fourbure quand son rapport TB sur TP est inférieur à 1 ou supérieur à 1,5.

 

Il faut aussi permettre aux vaches de se coucher quand elles en ont besoin. Entre l’aire d’attente, la traite, puis le temps passé bloquées aux cornadis, certaines vaches sont contraintes de passer des heures debout tous les jours. Le sang circule mal dans leurs pieds qui subissent une pression continue et des chocs répétés. Le podomètre souffre d’inflammation, puis d’hémorragies, et fabrique une corne de mauvaise qualité. C’est le début d’un cercle vicieux.

 

Erosion de la corne du talon, fourchet ou dermatite interdigitée

 

Le fourchet est un terme vétérinaire français dont on trouve des utilisations déjà au 18ème siècle, surtout au sujet des moutons. Actuellement ce mot à tendance à être utilisé en France pour désigner des lésions avancées « d’érosion de la corne du talon ».


Ces érosions sont souvent accompagnées d’une fissure plus ou moins profonde et anfractueuse, en forme de V. La corne, fragilisée et amincie, devient noirâtre et sent mauvais. Quand le sillon est marqué, la vache a tendance à s’appuyer plus sur l’avant du pied pour limiter la douleur, ce qui peut mener à une usure avancée de la corne aussi en pince. Au niveau de gravité 3 l’érosion fait boiter et provoque parfois l’apparition de lésions dites de complication comme des ulcères en talon. Un parage est nécessaire pour essayer de rétablir une répartition normale de la charge sur les deux onglons du pied.


L’érosion de talon est contagieuse car elle est due à l’action conjuguée de bactéries qui se développent dans les environnement humides et sales (pieds couverts de bouse). La prévention passe donc par des parages réguliers, un assainissement de l’environnement et parfois des traitements désinfectants collectifs en pédiluve ou pulvérisation. Empêcher la formation d’une croute de bouse sur les pieds par de simples lavages au jet d’eau réguliers permet déjà une amélioration.

La dermatite digitée ou maladie de « Mortellaro »


C’est une maladie des pieds très contagieuse qui implique des bactéries du genre Treponema. Elle se développe le plus souvent sous la forme d’ulcères sur la peau des talons, mais on peut la retrouver partout sur la peau du pied, parfois même dans la corne sur une autre lésion. Les ulcères peuvent atteindre plusieurs centimètres de diamètre, sont douloureux parfois au point de faire boiter, et sentent très mauvais.

Ils sont souvent entourés de poils longs. Dans 10% des cas environ, la dermatite digitée se présentent sous une forme dite « proliférative » et forme alors des sortes de grosses verrues sanguinolentes sur la peau des pieds. Il arrive qu’on retrouve aussi de la dermatite digitée au niveau du sillon mammaire car les vaches ont souvent la mamelle qui repose sur un pied quand elles sont couchées.

La prévention est proche de celle du fourchet. Une étude sur plus de 52 élevages menée en France par le Dr Anne RELUN et al. 2012-2013 (4) a montré que pour un résultat optimum il faut travailler quatre points : un sol aussi propre et sec que possible, limiter les maladies qui affaiblissent les vaches comme la fièvre de lait ou la cétose, parer régulièrement les pieds, faire des traitements préventifs antiseptiques collectif réguliers (tous les 15 jours) et des traitements curatifs individuels sur les grosses lésions. Les vaches malades étant les premières sources de contamination.

 

Le panaris ou phlegmon interdigité : pus sur blessure fraiche ? attentions abcès disséminés

 

C’est une blessure de la peau sous le pied, entre les onglons, qui s’infecte. La boiterie est soudaine, généralement marquée. L’inflammation et l’oedème font gonfler le pied, la couronne et le paturon assez vite et de manière symétrique. Pour confirmer le diagnostic, il faut lever le pied. Il y a souvent plus de panaris au printemps et à l’automne, car les vaches pour aller aux champs passent par des chemins d’accès boueux où se cachent des pierres blessantes. Les premiers panaris formés disséminent des germes dans l’environnement et le risque d’infection augmente pour les prochaines vaches qui se blesseront les pieds. Cela donne l’impression que le panaris est contagieux.


D’autres fois la cause est un caillou qui dépasse d’un béton fait maison, ou encore des pierres qu’on rejette sur le couloir d’exercice avec les refus laissés sur la table d’alimentation.
Enfin d’une manière générale, il ne faut pas forcer les vaches à marcher plus vite, voire à courir, car alors elles n’ont plus le temps de regarder le sol et de choisir où poser leurs pieds pour éviter les pierres.

 

Le panaris est la seule lésion du pied qui peut nécessiter un traitement antibiotique injectable en première intention. Un nettoyage, une désinfection de la lésion, et parfois un pansement, seront nécessaires. Mais attention, un pansement ça se sali vite, surtout sur un pied de vache. Il faut donc le changer souvent, tous les jours si possible, sinon la lésion risque de macérer et de s’aggraver au lieu de guérir. C’est pourquoi des pareurs hésitent parfois à mettre un pansement sur un panaris.


Notez qu’en cas de panaris profond, des bactéries peuvent voyager par voie sanguine jusqu’à d’autres localisations dans le corps du bovin et y former des abcès. L’animal n’aura pas forcément l’air malade, mais ces abcès sont de temps en temps des motifs inattendus de saisie à l’abattoir.

 

 

L’abcès de la sole ou « clou de rue »


Comme le panaris, c’est une blessure infectée, mais cette fois à travers la corne. Si l’abcès est localisé sur le côté du pied, il sera noté comme une ouverture de la ligne blanche de niveau 3. Cet abcès se rempli de pus liquide, gris-rosé, nauséabond, plus ou moins sous pression. La douleur est importante et la boiterie est soudaine et franche. L’abcès se différentie du panaris par un oedème du pied asymétrique, incluant souvent la couronne, et plus prononcé du côté de la blessure.


La prévention est à peu près la même que pour les panaris. Le traitement passe en revanche par un parage obligatoire, parfois profond puisqu’il convient d’enlever toute la corne décollée et d’évacuer tout le pus. Il est alors fréquent de devoir poser une talonnette sur l’autre onglon. Quelques soit les lésions, la prévention passe avant le curatif, et le curatif doit être rapide. Car une boiterie chronique peut déformer à vie le pied d’un bovin, alors qu’un traitement mis en place dans les 10-15 jours qui suivent l’apparition d’une boiterie a environ 80% de chance de succès.

 

Dr Alban Charrette (Vétérinaire conseil)

Lucie Galopin (Pédicure)

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