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Strongles digestifs chez les génisses laitières de 1ère saison de pâture

Actualité12/04/2019SantéBovins lait

Chez les génisses, les strongles digestifs ont un impact négatif sur la croissance (jusqu’à plusieurs dizaines de kg sur une saison), l’état général, le développement du parenchyme mammaire et l’âge à la puberté. C’est au cours de la première année de vie que l’enjeu est le plus important.

La mise en place de l’immunité contre les strongles digestifs

A partir de la deuxième saison de pâture, l’ingestion de strongles digestifs comporte moins de risques parasitaires. Pour que les génisses bénéficient au plus tôt d’une immunité, une durée et une amplitude de contact suffisantes avec les larves infestantes (larves L3 des strongles) sont indispensables dès la 1e saison de pâture. Pour éviter toute conséquence médicale et économique majeure avec les premières infestations, un équilibre doit être trouvé entre développement de l’immunité et croissance des animaux. L’immunité est considérée comme protectrice dès lors que les génisses ont cumulé plus de 8 mois de contact avec les larves infestantes sur les 2 premières saisons de pâtures. Le blocage des larves infestantes intervient généralement au cours de la deuxième saison de pâture.

La gestion du risque parasitaire

Si les conditions météorologiques ont un impact certain sur le niveau d’infestation des pâtures, d’autres paramètres, mieux maîtrisables, vont aussi déterminer le risque parasitaire comme la gestion du pâturage (rotations, fauche, chargement à l’hectare, durée du pâturage) ou la complémentation au pré. Au printemps, la rotation de parcelles évite une infestation massive des animaux. En revanche, à partir de juillet-août, il y a accumulation d’œufs de strongles sur les parcelles qui se développeront avec les pluies d’automne. En pâturage continu et en l’absence de traitement antiparasitaire, on aboutit à un pic d’infestation entre la mi-juillet et octobre, même dans les parcelles non-pâturées au printemps

Développement des strongles digestifs au cours de l’année (En l’absence de traitement anthelminthique)

Contrôle des strongles gastro-intestinaux par une gestion du pâturage

Echelle de risqueFaible Elevé
Moment de la mise à l’herbe

Tardive (juin)

(mort des larves transhibernantes fin juin)

Précoce (avril)

(présence de larves L3 transhibernantes en grand nombre)
Moment de la rentréePrécoce (octobre)Tardive (novembre)
Rotation de pâtures

Rotation sur au moins 3- 4 parcelles

Parcelle unique ou pas de véritable rotation, certaines zones de pâturage restant toujours accessibles.
Pâturage alternatif : utilisation de parcelles de fauche ou alternance avec d’autres espèces ou bovins adultes (rôle assainissant)

Pâturage sur des parcelles saines jusqu’à fin juin (contact restreint en début de pâturage)

Alternance entre pâture et fauche, alternance avec des bovins adultes ou d’autres espèces (chevaux, moutons sauf si milieu humide car risque de grande douve)
Pâtures fixes réservées aux jeunes génisses.
Utilisation de parcelles déjà pâturées par des génisses en année n-1NonOui

Chargement à l’hectare

< 0,8 UGB> 1,5 UGB
Complémentation au préOui notamment foin en début de saison, concentré si l’herbe s’appauvritNon

 

La mise en place de traitements anthelminthiques

Pour un vêlage à 2 ans, le GMQ à l’herbe doit se situer entre 600 et 900 g / j or cet objectif de croissance impose une gestion optimale des pâtures ou le cas échéant un traitement en cours de saison.

 

Le recours à des traitements systématiques (parfois répétés) au moment ou quelques semaines après la mise à l’herbe ainsi qu’à la rentrée à l’étable n’est plus une règle immuable. Plutôt que de réaliser des traitements de manière systématisée, sans nécessité absolue ou à des moments inopportuns, il est plus efficient de pratiquer des traitements ciblés / sélectifs : « Quand traiter ? » et « Qui traiter ? ».

 

« Quand traiter ? » vise à repérer les périodes correspondant à un risque zootechnique ou sanitaire. Comme décrit précédemment, la conduite de pâturage et les conditions météo influent sur le moment d’apparition du risque parasitaire. Certains logiciels informatiques permettent de prédire ces périodes à risque et donc le moment le plus opportun pour traiter. Les vétérinaires Seenovia sont en mesure de quantifier le risque relatif aux strongyloses digestives grâce à un logiciel de simulation, intégrant données météo et planning de pâturage. Vous pouvez les solliciter pour des conseils.

 

« Qui traiter ? » implique de déterminer quels sont les animaux ou les lots d’animaux impactés par le parasitisme. Pour cela, l’observation attentive des animaux est indispensable pour agir au plus tôt, l’idéal étant d’avoir un suivi des poids vifs. Chez des animaux suspects, le recours à des examens complémentaires (examens de bouses, mesure du pepsinogène sérique (reflet de la quantité de strongles enkystés dans la caillette) est nécessaire pour confirmer une suspicion clinique et adapter le traitement. En fin de saison de pâture, le dosage de pepsinogène est un examen de choix pour valider le traitement d’automne des génisses (1e ou 2e saison de pâture). En cas de charge parasitaire élevée, un traitement d’automne avec un produit actif contre les larves enkystées (L4 en hypobiose) peut s’avérer nécessaire afin de prévenir une ostertagiose de type II au début du printemps suivant (reprise massive du développement des larves bloquées au stade L4).

 

Dans les situations de full-grass (pâturage continu sans rotation ni succession de parcelles) avec des périodes de pâturage longues, il peut être judicieux de prévenir le recyclage parasitaire en début de saison de pâture au moyen de protocoles de traitements définis sur leurs durées d’action :

    • Les traitements très rémanents (bolus à libération continue ou injection d’une spécialité retard) favorisent la croissance des animaux mais s’opposent à l’immunité. Ces protocoles sont utiles pour les catégories dont la carrière est courte ou en cas de pâtures très contaminées, avec absence de rotation et durée de pâturage longue.
    • Les bolus à libération séquentielle sont des dispositifs non-rémanents délivrant des traitements ponctuels mais répétés dans le temps.
    • Les produits endectocides avec notamment leur forme Pour-On offrent une activité de 3 à 5 semaines contre Ostertagia et permettent une action préventive de 9 à 13 semaines moyennant 2 applications espacées de 5 ou 8 semaines.

Remarques

Les produits non-rémanents n’ont aucun effet pour réduire la contamination des parcelles. S’ils sont employés en cours de pâturage, ils doivent être associés à un changement de parcelles et intervenir 8-10 jours après le mouvement des animaux pour ne pas favoriser l’émergence de résistances aux anthelminthiques (principe du « move and dose »). En revanche, si la charge parasitaire est modérée, ces produits peuvent présenter un intérêt à la rentrée en stabulation en diminuant la population de vers adultes tout en épargnant les stades larvaires (poursuite de l’acquisition de l’immunité).

 

N’hésitez pas à contacter un vétérinaire pour valider le protocole de gestion du parasitisme chez vos génisses.

 

Rédacteurs :

Jean-Luc Jobert (Départements 53-72)

Elsa Gueguen (Départements 44-49-85-17)

Vétérinaires Conseil Seenovia

 

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