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En lait Bio : autonomie et économie ne font pas toujours bon ménage

Actualité10/11/2020Agriculture biologiqueBovins lait

Contrairement à l’idée reçue et trop fréquemment véhiculée sans objectivation ni illustrations, l’autonomie alimentaire n’est pas toujours la meilleure voie pour améliorer sa rentabilité en élevage laitier Bio. L’année 2020 très pénalisante d’un point de vue climatique dans beaucoup de régions françaises renforce encore l’intérêt d’acheter un peu d’aliments en complément de ceux disponibles sur les fermes pour maintenir une certaine rentabilité.

Face à un déficit de fourrages, acheter des fourrages ou vendre des animaux ?

Compte-tenu du climat très sec de l’été 2020, le rendement des prairies et du maïs ensilage ont été fortement pénalisés. A l’est des Pays de la Loire, beaucoup de producteurs laitiers Bio ont valorisé moins de 5 tMS/ha d’herbe, parfois moins de 4 tMS (contre 5 à 7 tMS/ha en année « normale ». Les rendements en maïs ensilage Bio ont également été fortement impactés avec des rendements observés compris entre 3,5 et 9 tMS/ha en général (moyenne autour de 6 tMS/ha contre 8 à 9 tMS/ha en année « moyenne ».

 

Ces forts déficits de rendements ont fait chuter les chargements corrigés des élevages de 0,2 à 0,3 UGB/ha SFP. Pour une surface fourragère de 104 ha en moyenne (source : SEENOVIA), il y a donc souvent 20 à 30 UGB de trop en dehors de stocks de sécurité. Faut-il vendre ces animaux en trop ou chercher à acheter les fourrages et les concentrés qui peuvent manquer ?

 

D’un point de vue purement économique, la décision de vendre les animaux en trop ou d’acheter des fourrages et concentrés pour les nourrir se raisonne en comparant le coût journalier de leur ration basée sur de l’achat par rapport au produit qu’ils peuvent générer. Sur un troupeau laitier, le coût journalier d’une ration hivernale de vache laitière oscille généralement entre 3 et 5 € (cf. ci-dessous).

 

Coûts journaliers de différentes rations basées sur des achats de fourrages et concentrés Bio

Type de ration

Coût des fourrages et concentrés achetés

Coût global de la ration (y compris 150 g de minéral)

Lait nécessaire (à 480€/1000 l) pour couvrir le coût

14 kg foin

+ 2 kg de mélo grain

135 €/t foin

350 €/ t de mélo

2,65 €/j

5 à 6 litres

4 kg de maïs ensilage

12 kg d’ensilage/enrub.

2 kg de mélo

1 kg de concentré équilibré

220 €/tMS maïs

150 €/tMS ens. H.

350 €/t de mélo

550 €/t maïs grain

 

4,05 €/j

 

8 à 10 litres

8 kg de maïs ensilage

9 kg d’ensilage/enrub.

2 kg de mélo

1,5 kg de correcteur

220 €/tMS maïs

150 €/tMS ens. H.

350 €/t de mélo

850 €/t

 

5,2 €/j

 

10 à 11 litres

 

Le coût journalier de ces rations hivernales est généralement inférieur au produit lait qu’elles peuvent dégager si les fourrages et le troupeau sont de qualité. Globalement, seules les vaches laitières qui font moins de 10 litres/jour l’hiver (vaches non pleines, en fin de lactation, en état) « méritent » d’être vendues plutôt que d’acheter les aliments nécessaires pour les nourrir. En dehors de ce cas particulier, il est préférable de rechercher des fourrages et des concentrés pour maintenir son troupeau laitier plutôt que le « bazarder », même si on sera moins autonome.

 

Concernant les vaches en finition, le coût journalier de leur ration est parfois plus élevé que le gain potentiel sur leur prix de vente lié à la finition (200 à 300 € à gagner sur la période de finition pour un coût de finition de 2 à 3,5 €/jour. Pour autant, doit-on envoyer des vaches maigres à l’abattoir au risque qu’elles soient saisies car trop maigres (cela existe) ou difficilement valorisable par le marchand. Il est également important de se soucier de l’image véhiculée sur le produit « viande Bio ? » lorsqu’on vend des animaux très maigres. L’autonomie à tout prix qui inciterait à réformer des animaux avec des mauvais états d’engraissement faute de pouvoir les nourrir de façon autonome est tout à fait incohérente.

 

Face à des fourrages déséquilibrés, acheter des concentrés azotés pour les corriger ?

Ce n’est pas parce qu’on a des récoltes de prairies riches en légumineuses qu’on a suffisamment d’azote dans sa ration. La richesse en protéines de l’herbe récoltée provient surtout de son stade de récolte.  Il faut récolter de l’herbe jeune (avant épiaison) pour maximiser la teneur en protéines de son stock d’herbe et, en Bio, avoir eu une minéralisation de la matière organique suffisante au printemps.

 

Cette année, même avec une faible part de maïs dans la ration hivernale, celle-ci est souvent déficitaire en azote, avec des récoltes d’herbe elles-mêmes déficitaires en azote (souvent moins de 12% de MAT). L’apport de correcteur azoté est alors le plus souvent très efficace. Ce correcteur azoté Bio sera soit acheté, soit produit sur la ferme. Les éleveurs qui ont suffisamment de surfaces pour produire des protéagineux sur leur exploitation (féverole en particulier) les feront toaster pour améliorer leur valeur en protéines afin qu’ils se comportent réellement comme des correcteurs azotés.

 

La luzerne ou le trèfle violet déshydratés peuvent également constituer de bons correcteurs azotés fermiers ou achetés s’ils sont récoltés au bon stade (stade bourgeonnement au moment de la fauche).

 

L’achat d’un correcteur azoté bio (acheté entre 700 et 1000 € la tonne selon sa provenance et son taux de MAT) peut à première vue faire peur alors que le retour sur investissement est souvent rapide si le potentiel des animaux est présent et sous réserve qu’on le distribue de manière ciblée (premier tiers de la lactation). En effet, dans une ration hivernale avec ¼ à ½ de maïs ensilage, le facteur limitant est la protéine. L’apport de correcteur azoté (1 à 2 kg/VL/j, selon la valeur des fourrages) est généralement très bénéfique, à la fois pour le lait et les taux (TP et TB) grâce à un meilleur fonctionnement de la flore ruminale.  Gagner seulement 2 litres de lait par kilo de concentré azoté apporté est dans ce cas tout à fait rentable et favorable à la santé des vaches alors pourquoi ne pas le faire ?

 

Sur le moyen terme, la plupart des éleveurs laitiers Bio cherchent à améliorer leur autonomie en protéines car la matière azotée Bio achetée coute cher (1800 €/tonne de MAT !). Avec les exigences de plus en plus nombreuses des laiteries pour que leurs éleveurs achètent seulement des concentrés Bio Français, le prix de ces concentrés Bio risque encore d’augmenter. Pour autant, à court terme, face à un déficit conjoncturel, il est souvent pertinent d’acheter de façon ciblée les fourrages ou les concentrés qui manquent pour parvenir à un bon fonctionnement technique de son élevage qui permet d’améliorer sa rentabilité économique même si cela dégrade son autonomie !

 

Didier Désarménien

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